Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 Mar

La Malinche

Publié par Gracianne  - Catégories :  #Personnages célèbres du Mexique

malinche1.jpg

C'est un bouquin d'Anna Lanyon paru chez Payot et intitulé "Malinche l'Indienne", sous-titre "L'autre conquête du Mexique" qui m'a fait découvrir ce personnage, pourtant ô combien important de l'histoire mexicaine. La Malinche fut la traductrice et maîtresse d'Hernan Cortès, auquel il semble qu'elle donna même un fils. Considérée comme une traîtresse dans le pays, elle est pourtant à bien y regarder, la mère du premier mexicain actuel. Comme toujours dans ce pays, l'ambigüité l'emporte sur la raison. C'est un peu le même rapport que celui qui lie les Mexicains à la religion : entre catholicisme et rites païens, ou amérindiens, on arrive à se "débrouiller". Mexique, royaume de la débrouille et du compromis. Pour la Malinche, cependant, la chose est plus complexe. Aujourd'hui se faire traiter de "malinchista" n'a rien d'un éloge, c'est plutôt la pire des insultes, ou comment être traité de traître à la nation, de non-mexicain sous influence des étrangers, l'air de rien. Toutefois, certains qualifient la Malinche d'ombre au tableau, ou de "el personaje ausente siempre presente", ce qui veut tout dire : l'absente toujours présente.

malinche.jpg

Retour rapide sur la vie de la Malinche et ce que l'on en sait. Saluons au passage l'excellent travail d'Anna Lanyon qui n'a pas hésité à mouiller la chemise, comme on dit, et a arpenté le grand pays sur les traces de la "traîtresse". Point de vue littéraire, Carlos Fuentes en a également fait un personnage de roman, s’amusant à inventer le dialogue imaginaire entre le fils « reconnu » de Cortès et celui né de son union avec la Malinche. Des demi-frères à des lieues de pensée. Laura Esquivel (que j’adore par ailleurs, auteur de « Como agua para chocolate ») en a également fait un livre. C’est dire si le sujet inspire les écrivains.

 

On pense que la Malinche est née aux alentours de l'an 1500. Née du côté de l'isthme de Tehuantepec, peut-être bien à Painala à huit lieues de Coatzacoalcos ou à Jaltipàn, il semble qu'elle ait été vendue aux Mayas. Elle parlait apparemment le Maya, mais aussi le Nahuatl, l'idiome fameux des Aztèques.

De la Malinche, il existe peu de "portraits". Ceux qui l'ont peinte se nomment Diego Rivera ou Orozco, des artistes fameux du pays qui l'ont dessinée telle qu'ils l'imaginaient, et certainement loin de ce qu'elle était, vraiment. Les informations réelles dont nous disposons la concernant viennent d'un personnage récurrent dans l'histoire contée de la conquête du Mexique, Bernal Diaz del Castillo.

Bernal Diaz est présent quand, en 1519, les Mayas donnent la Malinche à Hernan Cortès. Ils sont alors à Potonchàn (et non pas Putunchan comme l'écrira Cortès par erreur), dans la Péninsule du Yucatán. Il semble que la Malinche lui ait raconté qu'elle avait été enlevée très jeune de Jaltipàn par des hommes de Xicalango, un énorme comptoir de la côte du Mexique à l'époque.

Livre1MalincheAnnaLanyon.jpg

Pour Bernal Diaz, elle est surnommée Doña Marina, car c'est le nom de baptême qui lui est donné le 15 mars 1519 quand elle est "offerte" à Cortès, en compagnie d'une vingtaine d'autres femmes et d'un butin fait de masques indiens et de bijoux de valeur. De ce jour, Bernal Diaz se souvient que "Doña Marina tenia mucho ser", à savoir beaucoup de présence. Cortès la donna, toujours selon Bernal Diaz, à un ami proche, Hernando Alonso Puertocarrero, "un très grand gentilhomme et un cousin du comte de Medellin". Le dimanche des Rameaux de cette année 1519, tout le monde prend la mer pour aller vers la terre de "Colua-Mexico" ou "Culua-Mexica", les Aztèques.

En avril 1519, Malinche arrive donc dans l'actuel Veracruz. Le souci est que l'interprète d'alors de Hernan Cortès, Geronimo de Aguilar, ne comprend pas un traître mot de Nahuatl, ce qui pose un problème conséquent au conquistador. On raconte que c'est à ce moment-là qu'on entendit la Malinche parler en Nahuatl avec des femmes indigènes en train de piler du maïs. Quand les émissaires de Moctezuma arrivèrent pour discuter, Aguilar ne comprit rien de ce qu'ils disaient, mais en revanche, la Malinche les écouta et pointa le doigt en direction de Cortès. Bernal Diaz insiste sur le rôle décisif de la jeune femme : "J'ai tenu à m'étendre sur ce point, car sans l'aide de doña Marina nous n'aurions pu comprendre la langue de la Nouvelle-Espagne et du Mexique." Armés d'une traductrice, les conquistadors peuvent démarrer la conquête véritable du pays.

 

malinche2

Imaginons un instant les services de traduction dont disposaient les grands hommes du moment. Moctezuma parlait en nahuatl à Malinche qui le traduisait en maya à Aguilar qui, lui-même, transformait le maya en espagnol pour Cortès.

Songeons aussi que les femmes, à l'époque, n'avaient pas le droit de parler dans les "grandes manifestations publiques", et que les émissaires de Moctezuma ont dû être particulièrement choqués de voir le rôle donné à une femme, une des leurs qui plus est.

Ici apparaît toute l'intelligence probable de la Malinche. Sachant son destin désormais inévitablement lié à celui de son chef, Cortès, il lui fallait trouver un moyen autre que sexuel pour assurer sa survie. Avec le langage, c'était chose faite.

Au fur et à mesure que Cortès va avancer vers Tenochtitlán, la capitale mexica (actuel Mexico), la Malinche sera sa voix, celle qui traduira ses nombreux discours. Pour le pire ou le meilleur. Sacré destin de femme toutefois. 

malinche4.jpg

Commenter cet article

Christine 26/03/2012 18:24

Merci Gracianne pour "ma" future lecture,
Je termine La Castiglione et cours acheter La Malinche (il est paru en Poche).
Ce pays recèle des trésors, merci de nous les faire découvrir !
;-)

Gracianne 26/03/2012 18:29



L'histoire est vraiment singulière, parce que l'auteur raconte en même temps son "enquête" pour trouver des infos, et j'ai trouvé cet angle particulièrement intéressant. Merci à vous d'être si
réceptive à mes sujets de prédilection ;-)



Archives

À propos

Une autre vision du Mexique...